| 19 avril 2008 (11:00)
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Aimé Césaire, père du célèbre concept de Négritude, ne nous quitte pas sans rien laisser en héritage. En effet, nous pouvons perpétuer et mettre en pratique les idéologies et pensées de l’intellectuel martiniquais. N’oublions pas ses combats, ses luttes, ses écrits qui nous renvoient à un devoir d’action, à nous antillais, tous les noirs du monde et aux français. Solidaire du monde noir et de sa révolte contre le colonisateur, il se disait "fondamentalement poète, mais poète engagé" et "nègre, nègre, depuis le fond du ciel immémorial". Voici un petit récapitulatif des oeuvres aussi littéraires que politiques de Césaire.
Ses combats
La Négritude : Identité noire face à la menace de l’aliénation
Cette notion qu’il a créée avec ses amis le sénégalais Senghor et le guyanais Léon Gontran Damas, évoque pour la première fois l’existence d’une identité noire d’essence africaine. C'est au cours de ses nombreux voyages que la certitude de cette identité noire s’est forgée chez Césaire. Notamment son séjour en France. Cristallisé d’abord dans la revue, L’étudiant Noir, puis dans son œuvre ultime, Cahier d’un retour au pays natal, ce concept a influencé toute une génération d’intellectuels à travers le monde. Il s’agit d’un rejet du phénomène assimiliationniste de la francité, matérialisé par le colonialisme, pour exalter l’identité culturelle des populations issues de l’Afrique Noire francophone. Césaire distingue la négritude africaine, de la négritude antillaise, qui sera déclinée en Créolité par les auteurs de la génération suivante. Il ne fait aucune différence entre ces deux notions en disant : Il est un nègre fondamental par son histoire, et sent ses racines africaines, mais dit “Le métis que je suis est martiniquais”, car tous les peuples sont métis. Etre antillais, c’est venir de l’Afrique, et accepter la multiplicité de ses racines (Inde, Occident,…). Les racines africaines de l’antillais sont celles qui ont été les plus méprisées et qui demandent réhabilitation.
La culture est la vraie identité pour Césaire : Sa grande peur est l’aliénation, la perte de l’identité dans “l’universel” occidental. En 1946, il est rapporteur de la loi sur "la départementalisation" de la Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion. En 1957, il fonde le PPM, un an après sa démission du PCF, rallié après la guerre. Lauréat du Grand prix national de la poésie (1982) et du prix des poètes de la SACEM (1995). Fêté à l'université, célébré à la Comédie-Française, écrasante figure de la société martiniquaise, Aimé Césaire a écrit une oeuvre véhémente et revendicative, parfois proche du surréalisme. Maire de Fort-de-France de 1945 (il n'avait que 32 ans) à 2001, député de 1946 à 1993, président du Conseil régional de Martinique, il avait quitté la présidence du Parti progressiste martiniquais (PPM) en 2005. Le contraste était frappant entre la flamboyance de son écriture et le style de l'homme-Césaire, sanglé dans un strict complet et portant de grosses lunettes d'écailles. Ses détracteurs l'appelaient "nègre costume-cravate-latin-grec" et ironisaient sur ses manières très "vieille France". A Louis-le-Grand, à Paris, il rencontre Léopold Sedar Senghor, le futur président sénégalais. Il rejoint Normale sup et lance, en 1932, la revue "L'Etudiant noir" où, pour la première fois, des écrivains noirs réfutent les modèles littéraires traditionnels. En 1939, il fait une entrée fracassante en poésie avec "Cahier d'un retour au pays natal", employant, encore une première, le terme de "négritude". C'est, dit-il, "la conscience d'être noir, simple reconnaissance d'un fait qui implique acceptation, prise en charge de son destin de noir, de son histoire et de sa culture". Senghor a assuré que Césaire a inventé ce mot alors que ce dernier préférait parler de "création collective". En poésie, il a signé "Les Armes miraculeuses", "Cadastre", "Soleil cou coupé", "Corps perdu" ou "Moi laminaire".
"Il manie la langue française comme il n'est pas aujourd'hui un blanc pour la manier", disait André Breton en 1941.
Départementalisation selon Césaire : Liberté, Fraternité, Egalité et Identité.
Césaire est partisan du respect de l’identité au sein même de l’universel mondial. Il nous apprend ainsi à appréhender la mondialisation en adoptant une attitude ouverte et de respect sans condition de l’autre. “Plus je suis nègre, et plus je suis universel”, disait-il. Se reconnaitre comme différent, et autant valable, permet de ressentir ses relations avec l’autre de manière décomplexée et apaisée. C’est ainsi que son combat pour la départementalisation, va de pair avec celui pour l’autonomie. Nous reconnaitre français et de culture antillaise est l’un des grands défis que Césaire a lancé aux antillais. Par ses choix politiques, il a influencé toute la vie politique et sociale des antillais, les sortant de la misère des années 40, et leur donne par son œuvre littéraire les clés pour bien se situer.
La création et la culture : Les 2 piliers de l’affirmation identitaire
Un peuple ne peut marquer l’histoire, qu’en y imposant son empreinte spécifique. L’œuvre de Césaire est une formidable invitation à la création : Produire de la culture, produire des œuvres,… créer, créer en affirmant son identité, sa culture, son être.
Contre l’oppression, contre la colonisation
Césaire s’est engagé contre le colonialisme partout où il a été, et a été auprès de nombreux pays africains lors des luttes pour l’indépendance. Césaire a aussi été polémiste avec son "Discours sur le colonialisme", texte virulent contre l'Occident, juché sur "le plus haut tas de cadavres de l'humanité" ou "Lettre à Maurice Thorez".
Il a cité Toussaint Louverture comme héros, et considère Haïti comme le pays ami.
Aimé Césaire a su définir la colonisation. Alors qu'une polémique avait éclaté en 2007 sur la définition du mot "colonisation" dans le Petit Robert, une rectification a été faite dans son édition 2008. Il présente le mot colonisation avec une citation du poète et homme politique Aimé Césaire l'assimilant à une "chosification", une modification dont s'est réjouie, lundi 3 septembre, le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran). En septembre de l'an passé, le Cran et le Mrap avaient demandé le retrait du Petit Robert, estimant que la définition "cautionnait et justifiait la colonisation". A l'entrée "colonisation", on pouvait lire "mise en valeur, exploitation de pays devenus colonies", une définition jugée partiale et trop positive par les associations. Tirée de son discours de 1950 sur le colonialisme, il compare la colonisation à une chosification. Cette citation - qui apparaissait auparavant à l'article sur la "chosification" - fait partie du millier de citations d'auteurs introduites dans le dictionnaire dans le cadre de la refonte du petit Robert, ont fait savoir les éditions Le Petit Robert .
Non, Aimé Césaire n'est pas mort. Il laisse tant d'empreintes, tant de bouleversements dans la conscience Noire. Il a atteint l'immortalité malgré lui, sans pour autant appartenir à l'Académie Française.
Vaness' Abidos
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